L’ambition du mouvement B Corp

La semaine dernière avait lieu le sommet annuel B Corp Champions Retreat, qui rassemble la communauté d’entreprises certifiées B Corp ainsi que les partenaires du mouvement. Notre collègue Yann Pezzini, conseiller principal en stratégie d’impact social, y était et revient sur l’évènement.

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Durant ce sommet, nous avons échangé sur le futur du mouvement et notre stratégie collective pour changer le statu quo en affaires et nous assurer que cela se traduise réellement en une économie équitable, inclusive et régénératrice. Une belle occasion pour vous partager ici la philosophie du mouvement et ses ambitions.

“C’est quoi ça, B Corp?”

B Corp, c’est à la fois un mouvement et une certification.

C’est avant tout un mouvement de personnes qui sont interpellées par une volonté partagée : celle d’agir en cohérence avec ses valeurs et contribuer à rendre l’économie meilleure pour les communautés et l’environnement. L’ambition du mouvement est de redéfinir la norme pour que les entreprises travaillent à être les meilleures pour le monde et s’évaluent sur ce qui compte vraiment. En insufflant une nouvelle norme dans le milieu des affaires, le mouvement vise à augmenter radicalement le niveau de responsabilité et de leadership des entreprises vis-à-vis des inégalités et de la destruction de l’environnement. À terme, une vision commune : que l’économie fonctionne pour tous et pour le long terme.

Les B Corp sont certifiées par l’organisme à but non lucratif B Lab pour adopter des pratiques exemplaires en matière de performance sociale et environnementale, de responsabilité et de transparence. La certification évalue dans quelle mesure la gouvernance de l’entreprise est centrée sur l’intérêt collectif et l’utilité sociale ; et évalue l’impact de l’entreprise sur ses employés, ses clients, la communauté et l’environnement.

La philosophie du mouvement

La philosophie du mouvement est basée sur la reconnaissance de deux vérités inconfortables :

  1. le système dans lequel nous opérons est construit sur des bases d’extraction, d’oppression et d’inéquité. Il s’agit de notre contexte partagé, nous avons hérité de ce système ; si cela n’est pas notre faute, il s’agit toutefois de notre responsabilité de le changer.

  2. l’interdépendance : nous devons agir en reconnaissant que nous dépendons profondément les uns des autres, ainsi que des écosystèmes naturels. Nous sommes donc responsables envers les autres et les générations futures.

De cette reconnaissance se dégage plusieurs ambitions pour le mouvement :

  1. Changer la norme et la culture en affaires, pour en finir avec la logique de maximisation des profits pour les actionnaires, et passer dans une logique de création de valeur pour l’ensemble des parties prenantes.

  2. Permettre aux entreprises de définir leur succès en des termes plus cohérents avec leurs valeurs et leur “pourquoi”, et s’évaluer sur ce qui compte vraiment.

  3. Encourager les entreprises à aller au-delà des pratiques traditionnelles de responsabilité sociale, qui montrent de sérieuses limites en termes d’atteinte des cibles environnementales et sociales notamment sur les enjeux d’inclusion et de changements climatiques. Et à joindre le geste à la parole.

  4. Mettre au défi les entreprises de contribuer le plus possible à la création d’une économie inclusive et régénérative :

“An inclusive economy is an economy that creates opportunities for people of all backgrounds and experiences to live with dignity, support themselves and their families, and make a contribution to their local and national communities”

regenerative economy is an economy that takes sustainability to the next level, that meets human needs through equitable access, distribution, fully-costed and priced services and goods, and delivers flourishing value for all within nature’s bounds”

5. Encourager des changements ambitieux au niveau des politiques publiques, en prenant position afin de démontrer aux élus que les entreprises soutiennent et demandent des mesures ambitieuses et contraignantes pour protéger l’environnement et amener davantage d’équité dans l’économie. À titre d’exemple, le mouvement se mobilise pour exiger que des mesures transformatrices soient prises pour faire face à l’urgence climatique.

6. Enfin et surtout, reconnaitre qu’il faut incarner à un niveau individuel le changement que l’on souhaite voir, mettre en pratique ses valeurs au quotidien, accepter l’inconfort des conversations difficiles : une condition clé pour que notre travail porte ses fruits.

“It’s not going to happen through inspiring words, or even hard work, we must bring our full human selves to each other. We must practice how we want to be together in this new economy” — Lynn Johnson, Spotlight: Girls

“We were all born into a sick system that socializes and conditions us and prepared us to have values and attitudes and biases and feelings that kept us disconnected from people,” she says. “Each of us in this room has some power and privilege that affords us the ability to be here. Part of this work … is telling the full story of everyone.”- Diana Marie Lee, Sweet Livity

“I encourage everyone working towards social change to be radical, collaborative and loving. And most of all, to DO something and speak up, even if we don’t have all the answers.” — David Jackson, Impact Hub Oakland

Des actions collectives pour un changement systémique

Au-delà du travail incroyable qui se fait au sein de chaque B Corp, certains groupes s’organisent autour d’actions collectives sur des enjeux systémiques urgents :

  • #We the Change, pour soutenir le leadership des femmes à la tête d’entreprise B Corp;

  • B Corp Climate Collective : pour utiliser le plaidoyer, la collaboration intersectorielle, l’action progressiste des entreprises pour stopper les émissions de carbone.

  • Dismantle Collective:, pour lutter contre les systèmes d’oppression et démanteler la suprématie blanche;

  • B Locals : pour tisser des liens à l’intérieur de chacune des communautés locales et soutenir le leadership individuel et collectif des membres de la communauté.

  • B Academics: pour favoriser le rôle des universités dans l’accélération du mouvement de l’entrepreneuriat social et durable.

“Et après?”

Maintenant les bases établies, le message est clair : “Let’s get to work!

À ce stade, il est important de rappeler que B Corp n’est pas une fin en soi et n’apporte pas à lui seul l’entièreté des solutions aux enjeux systémiques cités ci-dessus. En revanche, il se concentre sur des leviers particulièrement importants pour débloquer des changements positifs à l’échelle des économies locales et nationales. Il encourage les entrepreneurs à adopter une philosophie de gestion plus harmonieuse, les sensibilise au contexte profondément inéquitable et destructeur dans lequel ils opèrent, et promeut la cohérence, l’authenticité et l’amélioration continue.

B Corp démontre aussi les limites propres à toute certification. Certes, les entreprises certifiées B Corp ne sont pas parfaites, et tous les membres ne sont pas au même niveau. Mais il s’agit là d’un mouvement d’entrepreneurs qui s’engagent à agir avec cohérence et à la hauteur des enjeux sociaux et environnementaux. Qui posent les questions difficiles, qui réfléchissent sur les systèmes, qui mènent avec vulnérabilité. Qui ont une volonté soutenue d’essayer des nouveaux modèles, de créer l’alternative, de s’améliorer en permanence.

Pour ma part, j’ai hâte de voir l’ampleur des changements que cette communauté mondiale d’entrepreneurs sera capable d’insuffler, particulièrement au niveau de la gouvernance et la culture en affaires. Pour suivre les actualités de la communauté B Corp du Québec, je vous invite à vous abonner à B Local Québec (FBInfolettre)! Pour plus d’articles sur B Corp en général : B the Change.

Christian Belair